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6 expressions françaises et leur fausse origine
Ces anecdotes qu'on répète pour expliquer une expression sont, la plupart du temps, inventées après coup.
Une expression bien installée s'accompagne presque toujours d'une petite histoire qui explique « d'où ça vient ». Le problème, c'est que cette histoire est souvent une légende inventée après coup, plus mémorable que la vérité — et parfois, même les linguistes n'ont pas la réponse. Voici six expressions françaises très courantes, et ce qu'on sait vraiment de leur origine.
Les légendes qu'on démonte
« Les carottes sont cuites » n'est pas née du message codé de Radio Londres avant le Débarquement, en 1944 — l'expression existait déjà en 1878, soixante ans plus tôt. La BBC ne l'a pas inventée, juste rendue célèbre.
« Avoir un chat dans la gorge » n'a probablement jamais eu de rapport avec un vrai chat : selon le linguiste Pierre Guiraud, on parlait au XIe siècle d'un « maton » (un grumeau de lait caillé), confondu par ressemblance sonore avec « matou », puis simplifié en « chat ». Fait amusant : l'anglais et l'allemand utilisent la même image, mais avec une grenouille.
« Filer à l'anglaise » n'a pas d'origine française clairement établie — en revanche, son miroir anglais « to take French leave » est solidement documenté depuis 1771. Chaque pays se renvoie le même reproche depuis des siècles, sans qu'on sache lequel a commencé.
Quand même les linguistes ne tranchent pas
« Tomber dans les pommes » : deux pistes sérieuses coexistent sans consensus. George Sand aurait employé « être dans les pommes cuites » dès 1830 pour un épuisement proche de l'évanouissement ; ou bien « tomber en pâmoison » serait devenu « tomber dans les pâmes » puis « pommes » par simple ressemblance sonore. Les dictionnaires d'expressions présentent aujourd'hui les deux hypothèses côte à côte plutôt que de trancher.
« Travailler pour le roi de Prusse » a trois candidats différents à l'origine — un roi précis réputé avare, une chanson satirique de 1757, ou son fils connu pour sa rigueur budgétaire — et aucun des trois n'a de preuve écrite qui l'emporte définitivement sur les autres.
Un vrai lien, mais une anecdote inventée
« Poser un lapin » est attestée dans l'argot parisien des années 1870-1880, avec un sens nettement plus cru qu'aujourd'hui, avant de glisser vers « faire attendre quelqu'un » puis vers le rendez-vous manqué qu'on connaît. Une piste sérieuse relie le lapin aux jeux de foire — un lot qu'on croit gagner facilement et qu'on ne remporte presque jamais — mais même les spécialistes ne s'accordent pas sur l'image fondatrice exacte.
Ce qui relie toutes ces expressions : la vraie histoire est presque toujours plus incertaine, plus disputée entre linguistes, et moins nette que l'anecdote qu'on se raconte. Ce n'est pas un problème — c'est même souvent ce qu'il y a de plus intéressant.