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L'argot marseillais et provençal : guide complet des expressions du Sud
De « fatche de con » à « avoir la tchatche », comment décoder le parler marseillais et provençal qu'on entend dans le Sud.
De Marseille à Nice en passant par la Provence intérieure, la région PACA a un parler bien à elle, hérité en grande partie du provençal et enrichi par plusieurs vagues d'immigration italienne aux XIXe et XXe siècles. Ce mélange donne un vocabulaire particulièrement imagé, fait de jurons expressifs, de mots pour décrire le caractère des gens et d'expressions de convivialité qu'on n'entend nulle part ailleurs en France. Beaucoup de ces mots restent d'un usage très local, entre Marseille, Nice et leurs environs, mais certains ont largement dépassé les frontières régionales grâce à la chanson, au cinéma ou plus récemment au rap. Ce guide passe en revue les expressions les plus parlantes du parler marseillais, provençal et niçois, avec leur origine et la façon dont on les emploie au quotidien.
Jurons et interjections du quotidien
« Fatche de con ! » (ou simplement « fatche ! ») est sans doute l'interjection marseillaise la plus reconnaissable, employée pour marquer l'étonnement, l'admiration ou l'agacement. L'expression viendrait de l'italien « alla faccia de » (« à la face de »), arrivée à Marseille avec l'immigration italienne des XIXe et XXe siècles.
En Provence plus largement, on préfère parfois « coquin de sort ! » pour ponctuer un contretemps ou une mauvaise surprise, un peu comme « zut alors ! » en plus imagé — l'expression viendrait du provençal « capoun de sort », « capoun » désignant à l'origine un coquin, un vaurien.
À Nice, l'interjection de référence est « issa », empruntée au nissart et signifiant « en avant ! ». On l'entend surtout scandée en « Issa Nissa ! » par les supporters de l'OGC Nice, mais elle sert aussi dans la vie courante pour motiver quelqu'un à se lancer.
Le caractère et les gens, en quelques mots bien sentis
Pour qualifier quelqu'un de bête ou de nul, les Marseillais utilisent volontiers « pébron », mot venu de l'occitan « pebron » qui signifie littéralement « poivron » — en provençal, il désignait à l'origine péjorativement les alcooliques, avant de devenir une insulte plus générale à la tendresse variable selon le ton.
Le « cacou », lui, est un jeune frimeur au look voyant, un peu m'as-tu-vu, parfois limite provocateur — le pendant masculin de la « cagole » dans le folklore marseillais. À Nice, on parlera plutôt de « ficanas » pour une commère qui adore fourrer son nez partout et colporter les ragots, un mot qui a même donné son nom à un journal satirique niçois de la fin du XIXe siècle, « Lou Ficanas ».
Autre trait de caractère bien marseillais : « avoir la tchatche », c'est-à-dire savoir enjôler, convaincre ou simplement occuper la conversation avec aisance et éloquence. À l'inverse, quand quelqu'un « barjaque », il parle beaucoup sans grand intérêt, voire raconte n'importe quoi — un verbe venu de l'occitan « barjacar » qui s'est répandu dans tout le grand Sud-Est. Et quand l'agacement monte sans éclater vraiment, on dit qu'on « maronne », qu'on râle et bougonne dans son coin plutôt que de faire un esclandre.
Les verbes bien de chez nous
« Bader », c'est regarder fixement, souvent bouche bée, avec admiration ou envie — on peut « bader » une belle voiture comme une personne qui plaît. « Chourrave », en revanche, désigne le fait de voler, de dérober quelque chose, un verbe solidement ancré dans le lexique marseillais historique.
Quelqu'un qui tape sur les nerfs « engatse », verbe issu de l'italien « incazzarsi » (se mettre en colère), tandis que ce qui ennuie sérieusement « fait caguer », expression issue de l'occitan « cagar » qui reste d'un usage très banal dans le Sud malgré sa racine scatologique. Et sous le cagnard de l'été (le soleil tapant, la chaleur écrasante), la fatigue et la chaleur peuvent laisser quelqu'un complètement « ensuqué », assommé et dans le cirage.
Les enfants qui « gangassent » dans une flaque d'eau, eux, s'agitent et pataugent dans tous les sens — un verbe du provençal « gangassa » (secouer, agiter) qui peut aussi décrire une agitation désordonnée plus générale.
Convivialité et petits coins du quotidien
À Marseille, un « collègue » n'a souvent rien à voir avec le travail : le mot, issu du provençal « coulègo », désigne simplement un ami proche, un pote. Toute une bande de potes, elle, peut se retrouver appelée « la chourmo » — un mot venu du provençal « chiourme » (l'équipage des rameurs sur les galères marseillaises), réapproprié par la culture urbaine locale et popularisé par l'album du même nom du groupe IAM en 1997.
Pour parler d'une grande quantité de quelque chose, on dira « un moulon de », à la place de « plein de » ou « énormément de ». Et pour interpeller un enfant ou un proche avec tendresse, certains Marseillais lancent un « oh gàrri ! », littéralement « rat » en provençal mais employé ici comme petit surnom affectueux.
Enfin, deux mots pour parler d'un vêtement ou d'un lieu en piteux état : une « estrasse » est un chiffon, ou par extension une personne mal fagotée ou un vêtement usé jusqu'à la corde ; un « cafoutche » est un débarras, un petit réduit encombré où l'on entasse ce qu'on ne veut pas voir.