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L'argot du Grand Est : guide complet du parler alsacien et lorrain

Du schmoutz au cornet en passant par les bredele, un tour du vocabulaire traditionnel d'Alsace et de Lorraine.

Le Grand Est rassemble l'Alsace, la Lorraine et la Champagne-Ardenne, trois territoires à l'histoire linguistique très marquée par la proximité avec l'Allemagne. En Alsace, le dialecte alsacien, de racine alémanique, a laissé des centaines de mots dans le français parlé localement ; en Moselle, c'est le francique lorrain, aussi appelé platt, qui a fait de même. Ces mots ne sont pas de l'argot de réseaux sociaux : ce sont des expressions transmises en famille, de génération en génération, et encore utilisées aujourd'hui aussi bien par les grands-parents que par leurs petits-enfants. Ce guide présente les expressions les plus emblématiques du Grand Est, de la vie domestique aux tournures de phrase, en passant par les traditions gourmandes.

Les mots du quotidien à la maison

Certains mots alsaciens ont un usage si courant qu'on oublie parfois qu'ils n'existent pas en français standard. Un schmoutz est un bisou, que l'on donne ou que l'on réclame à un enfant sans y penser. Un schlouk désigne une petite gorgée d'une boisson, souvent d'alcool ou de café, un mot emprunté à l'allemand Schluck et utilisé aussi bien en Alsace que dans certaines zones proches de la Lorraine.

Être schlass, c'est être épuisé, à plat, une expression qui traverse toutes les générations en Alsace et déborde parfois sur la Lorraine voisine. Avoir du späck, en revanche, se dit avec autodérision de quelqu'un qui a pris quelques kilos en trop, späck signifiant « lard » en référence au fameux lard fumé alsacien — rien de méchant dans cette expression, plutôt un clin d'œil affectueux.

Des objets qui ne portent pas le même nom qu'ailleurs

Dans les magasins d'Alsace et de Lorraine, on ne demande pas un sac plastique à la caisse, mais un cornet, l'un des régionalismes lexicaux les plus caractéristiques de l'Est de la France. Une fois rentré chez soi, on enfile ses schlopps, autrement dit ses chaussons ou ses pantoufles, et on branche éventuellement son foehn, le mot alsacien pour sèche-cheveux, emprunté au nom d'un vent alpin chaud.

En Lorraine, on ne dit pas qu'on ferme une porte, mais qu'on la clenche, du nom de la poignée elle-même appelée « la clenche ». Ce sont des mots domestiques transmis dans les familles, qui ne s'apprennent pas à l'école mais s'entendent depuis l'enfance.

Des tournures de phrase qui trahissent l'accent

Certaines habitudes de langage sont plus difficiles à repérer qu'un simple mot de vocabulaire, mais tout aussi identitaires. En Alsace, on termine volontiers une phrase par « ou bien ? », calque de l'allemand oder, pour chercher l'assentiment de son interlocuteur, un peu comme on dirait « hein ? » ailleurs. À l'inverse, « comme dit » se place plutôt en début de phrase, une tournure dialectale qui laisse perplexes les visiteurs qui ne la reconnaissent pas.

Après un éternuement, un Alsacien dira spontanément gsundheit plutôt que « à tes souhaits », emprunté à l'allemand Gesundheit, qui signifie « santé ». Et pour lancer quelqu'un en avant ou l'encourager à se mettre en action, on lance un « hopla ! », un peu comme un « allez, hop ! » mais plus ancré dans le quotidien local. Quant à nareux, ou néreux dans les Vosges, il qualifie quelqu'un de facilement dégoûté, typiquement une personne qui refuse de boire dans le même verre qu'un autre — un mot entré officiellement dans le dictionnaire en 2020.

Gourmandise et traditions de table

Avant de manger, la formule alsacienne est a Güeter, qui veut dire bon appétit, à laquelle on répond traditionnellement « E Bessere » — un petit rituel de politesse transmis à table depuis des générations. Chaque mois de décembre, les familles alsaciennes confectionnent des bredele, ces petits biscuits de Noël souvent aux épices, devenus un marqueur incontournable des fêtes de fin d'année dans la région.

Enfin, dans les boulangeries de Nancy, des Vosges, de la Meuse ou d'Alsace, on ne demande pas un pain aux raisins mais un escargot, en référence à sa forme en spirale. En Moselle, dans le francique lorrain, ce même gâteau se nomme schneck, qui signifie littéralement « escargot » — deux mots différents pour la même image, révélateurs des deux influences dialectales qui traversent le Grand Est.

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