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L'argot d'Île-de-France : guide complet des expressions parisiennes
De Paname au titi parisien en passant par métro-boulot-dodo, l'argot traditionnel de la capitale et de sa banlieue expliqué.
Paris et sa région ont donné naissance à l'un des argots les plus riches et les plus documentés de France, né dans les rues, les marchés et les ateliers populaires du XIXe et du XXe siècle. Beaucoup de ces mots ne sont pas des inventions récentes mais des expressions transmises depuis plusieurs générations, certaines remontant aux Halles ou aux quartiers populaires de Montmartre. Ce guide présente les surnoms historiques de Paris, le vocabulaire du rythme de vie francilien, ainsi que quelques argots de métiers devenus courants, sans oublier les mots propres à la banlieue parisienne.
Les surnoms de Paris et de ses habitants
Paris a longtemps eu plusieurs petits noms familiers. Paname est apparu au début du XXe siècle dans les milieux populaires parisiens, sans doute par déformation de « Panama », en référence à la mode des chapeaux panama très portés à Paris au moment du percement du canal de Panama. Pantruche, plus ancien encore puisqu'il remonte au XIXe siècle, désigne aussi la capitale, par déformation du nom de Pantin.
Pour parler des habitants, le titi parisien désigne historiquement un enfant du peuple parisien, dégourdi et farceur, incarné par le personnage de Gavroche dans Les Misérables de Victor Hugo ; par extension, on l'utilise aujourd'hui pour un adulte gouailleur et malin issu des classes populaires parisiennes. Le poulbot, lui, vient du nom du dessinateur Francisque Poulbot, célèbre pour ses illustrations d'enfants espiègles de Montmartre au début du XXe siècle.
Enfin, un dicton rimé traditionnel oppose Paris à la province depuis longtemps : « Parisien tête de chien, Parigot tête de veau » est la formule moqueuse que les provinciaux lancent aux Parisiens jugés hautains ou pressés, en jouant sur la rime entre « chien »/« Paris » et « veau »/« Parigot ».
Le rythme de vie parisien
L'expression métro, boulot, dodo, inventée par le poète Pierre Béarn en 1951 puis popularisée en 1968 jusqu'à devenir un slogan de Mai 68, résume la monotonie du quotidien urbain rythmé par les trajets, le travail et le sommeil. Elle reste aujourd'hui indissociable du rythme de vie francilien.
Quand le métro et le RER ferment la nuit, le relais est pris par le Noctilien, le nom officiel du réseau de bus nocturnes d'Île-de-France — un mot passé dans le langage courant pour désigner directement « le bus de nuit », une réalité pratique assez peu connue en dehors de la région parisienne. Et pour parler d'un déménagement vers la capitale, on dit qu'on monte à Paris, quelle que soit la position géographique réelle du point de départ, par référence au prestige historique qu'incarne la ville — à l'inverse, on descend en province.
Des argots de métiers devenus courants
Le louchébem est un argot codé né au XIXe siècle dans les abattoirs des Halles et de la Villette, parlé par les bouchers parisiens : il consiste à remplacer la première lettre d'un mot par un « L » et à ajouter un suffixe argotique, si bien que « boucher » devient lui-même « louchébem ». C'est un patrimoine linguistique parisien aujourd'hui reconnu par les linguistes.
Se coltiner une corvée ou une tâche pénible vient, lui, du « coltin », le chapeau de cuir renforcé que portaient les Forts des Halles, ces portefaix parisiens qui transportaient sur leur tête les lourdes charges de nourriture au marché des Halles au XIXe siècle. Faire du plat, en revanche, appartient au registre plus léger du titi parisien : ça signifie draguer ou flatter quelqu'un avec insistance, dans un registre familier et un peu désuet.
Le vocabulaire de la banlieue parisienne
Le mot banlieusard, apparu dès 1889, désigne un habitant de la banlieue par opposition aux Parisiens intra-muros — c'est l'un des mots les plus anciens et les plus stables du vocabulaire régional francilien. Certaines villes de banlieue ont aussi leurs propres petits noms : Boulbi, par exemple, est le surnom familier de Boulogne-Billancourt dans les Hauts-de-Seine, utilisé aussi bien par ses habitants que dans le rap français, à l'image de toute une tradition de surnoms affectueux donnés aux villes de la région parisienne.